« La terre est un bail à vie qui passe automatiquement du père au fils aîné… »
16/09/2011 08:48
Le précédent gouvernement tongien de Fred Sevele a toujours refusé de ratifier la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Une menace à la culture tongienne, avait-il déclaré.
Par culture, il faut comprendre ‘propriété foncière’ puisque que M. Sevele avait aussi ajouté : « La terre est un bail à vie qui passe automatiquement du père au fils aîné. Et si nous changions cela, si nous changions cette loi foncière, c’est toute la structure du système foncier qui s’écroule ainsi que la structure de la société tongienne. »
Ce n’est pas l’avis de l’actuel Premier ministre, Lord Tu’ivakano qui, lors du Forum des îles du Pacifique, la semaine dernière à Auckland, a indiqué au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, que Tonga est maintenant disposé à signer la CEDAW.
Ofa Guttenbeil-Likiliki, directrice du Centre de crise pour femmes et enfants du royaume tongien, accueille favorablement la décision de Lord Tu’ivakano et indique que les pressions exercées depuis des années par les associations de femmes commencent à porter leurs fruits.
GUTTENBEIL-LIKILIKI : « Les pressions pour la ratification de la CEDAW ont commencé il y a une dizaine d’années à Tonga, rien de nouveau donc, notamment pour le Premier ministre. Il a déjà siégé au Parlement, il a déjà occupé des fonctions gouvernementales auparavant, il a déjà entendu parler de la CEDAW et de ses avantages pour Tonga. Et là, il a pris un engagement personnel pour la ratification de la Convention, il doit donc être bien au courant des avantages que la CEDAW peut apporter à Tonga. Sans oublier que son épouse soutient depuis des années la ratification de la CEDAW alors je suppose qu’au niveau des pressions, ça aide. »
Mais alors qu’en est-il de la terre qui passe du père au fils aînée ? Et de toute la structure tongienne qui s’écroule si les femmes ont-elles aussi un droit sur la terre, comme le disait le précédent Premier ministre ?
GUTTENBEIL-LIKILIKI : « Et bien je pense que si le gouvernement précédent faisait ce type de déclarations, c’est parce qu’il ne comprenait pas réellement comment les conventions des Nations Unies fonctionnent. Toute convention ou traité de l’ONU doit prendre en compte la Constitution nationale d’un pays. Et bien sûr, la Constitution tongienne restera la loi suprême dans notre pays. Ratifier la CEDAw ne veut pas dire que les femmes pourront être propriétaires des terres de Tonga. »
Il y a donc discrimination, mais pour les femmes tongiennes, la lutte continue.
GUTTENBEIL-LIKILIKI : « Nous allons devoir faire du lobby pour obtenir des réformes législatives, pour par exemple amender les lois foncières, les femmes ont encore beaucoup d’obstacles à franchir, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Les femmes ne vont pas tout obtenir tout de suite. Mais le fait que le pays va ratifier la Convention, va mettre sa signature en bas de la page, signifie que oui, nous avons pris un engagement et oui nous réalisons qu’en fin de compte les femmes ont autant de droits que les hommes. »
Ofa Guttenbeil-Likiliki, directrice du Centre de crise pour femmes et enfants du royaume tongien


















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