Vanuatu: des avantages et des inconvénients de l’OMC
12/08/2011 11:36
Intégrer l’OMC, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Telles sont les inquiétudes du Third World Network, un réseau international d’organisations et d’individus engagés dans les causes de l’environnement, du développement, et des relations Nord Sud.
Les députés vanuatais pèsent en ce moment le pour et le contre et devraient se prononcer avant novembre sur l’adhésion du Vanuatu à l’Organisation Mondiale du Commerce. Si cela se fait, le Vanuatu devra réformer profondément son économie. Sanya Reid-Smith, experte en commerce international du Third World Network, est en visite au Vanuatu cette semaine. Elle a rencontré les parlementaires jeudi soir au nakamal des Chefs à Port-Vila. Et elle voit plus d’inconvénients que d’avantages dans une possible adhésion à l’OMC, à commencer par la question des terres:
«Dans 72 secteurs du tertiaire, si la terre est louée à des investisseurs étrangers et qu’elle est mise en valeur par eux, par exemple s’ils y construisent un grand hôtel, lorsque le bail arrive à expiration et que les propriétaires traditionnels veulent récupérer leur terre, alors ils seraient obligés de payer le prix du marché, autant dire que c’est très cher pour les Vanuatais. Le gouvernement ne serait plus autorisé à leur revendre leurs terres à un prix avantageux et ne pourrait plus leur accorder un traitement de faveur par rapport aux étrangers parce que cela irait à l’encontre des engagements qu’ils auraient pris à l’OMC.»
Autre danger, selon Sanya Reid-Smith, le gouvernement vanuatais perdrait la main sur la politique économique, au nom de la libre concurrence:
«Cela empêcherait le gouvernement vanuatais d’accorder des subventions pour stimuler l’économie et l’emploi local, et ainsi sortir d’une récession. Le Vanuatu ne pourrait plus non plus subventionner des groupes particuliers comme les femmes ou les plus désavantagés. En outre l’adhésion à l’OMC aggraverait le déséquilibre de la balance des paiements, car le Vanuatu devrait importer les produits plutôt que d’acheter ceux produits localement. De même, impossible de subventionner les industries locales et les agriculteurs.»
Les partisans de l’adhésion du Vanuatu à l’OMC estiment quant à eux que le Vanuatu doit s’intégrer à l’économie mondiale et faire entendre sa voix. Mais là encore, Sanya Reid-Smith y voit plutôt un renoncement:
«Je suis basée à Genève, je rencontre beaucoup de diplomates, il y a même un livre qui a été écrit sur ce problème, dans beaucoup de cas on force la main aux pays en développement, les pays développés les menacent de réduire leur aide au développement et leur assistance technique. De sorte que même si les pays en développement s’organisent en blocs, par exemple des pays africains, caribéens, et du Pacifique, ils sont susceptibles de ne pas retirer que du bon de l’OMC. Donc l’adhésion à l’OMC ne garantit pas du tout que le Vanuatu puisse protéger ses intérêts et en plus il faut que le Vanuatu crée une ambassade à Genève, ça coûte très cher, autour d’un million de dollars par an pour les frais de fonctionnement, parce qu’il y a en moyenne 1000 réunions par an.»
Sanya Reid-Smith, experte en commerce international au sein du Third World Network, répondait à Jemima Garrett sur Radio Australie.
C.L.


















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