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Pacifique: une attaque des clones pour sauver les taros

19/05/2011 10:45

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Semis de taro au Vanuatu. (Vincent Lebot/CIRAD/INEA)

Telle est la tactique de l’INEA, le tout nouveau Réseau International pour les Aracées Comestibles, qui mise sur le clonage et l’amélioration génétique pour aider les taros à résister aux maladies et aux changements climatiques.

Dans la famille des aracées, on compte le taro, le taro des marais, le taro géant, le chou caraïbe, etc.

Officiellement lancé en Malaisie samedi dernier, l’INEA regroupe des paysans, des scientifiques et des instances dirigeantes du Pacifique, d’Amérique Latine, des Caraïbes et d’Afrique. Au rang des membres: la CPS (le Secrétariat général de la Communauté du Pacifique) et les chercheurs français du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

L’une des missions de l’INEA est d’améliorer les taros à propagation clonale. Vincent Lebot est chercheur au CIRAD et coordinateur technique de l’INEA:

«Les ignames des Kanaks en Nouvelle-Calédonie ou les taros des Tongiens et des Fidjiens sont multipliés par voix végétative, clonale, c’est-à-dire qu’on repasse pas par la graine, mais on prend des boutures ou des tubercules qu’on remet en terre et donc c’est toujours la même variété qui continue, ce sont des clones l’un de l’autre

On utilise les clones pour pouvoir conserver exactement les mêmes qualités de la plante de génération en génération. Le clonage des taros dans le réseau INEA va permettre d’échanger plein d’espèces existantes de taros entre les 18 pays membres. Vincent Lebot explique les avantages de cette diversité pour les agriculteurs:

«Ce qu’on fait pour l’adaptation au changement climatique, on pense plutôt qu’il va y avoir les extrêmes, il y aura dans certains cas plus de sécheresses, dans d’autres, plus d’inondations, ou plus de fluctuations, mais personne n’est capable de nous dire quelle est la tendance de ce changement climatique, donc l’idée c’est de donner de la diversité aux paysans. S’ils n’ont qu’une variété, il est probable qu’ils ne pourront pas s’adapter. S’ils en ont 15 ou 20, ils pourront s’adapter, que ce soit à une modification des températures, de l’hydrométrie, de la sécheresse, des pluies, ou à l’introduction des maladies.»

En ce qui concerne les maladies justement, là ce n’est pas le clonage, mais l’amélioration génétique qui entre en jeu. C’est une autre technique de reproduction. On utilise les graines de la plante, dans ce cas on doit forcément la croiser avec une autre plante, et on crée une nouvelle espèce - une procédure autrement plus compliquée que le clonage.

Les chercheurs de l’INEA vont créer de nouvelles espèces de taros résistant aux maladies comme ce champignon qui a décimé les taros samoans en 1993. Vincent Lebot:

«En 1993, quand la maladie qu’on appelle la flétrissure des feuilles de taro a été introduite au Samoa Occidental, à cette époque le Samoa exportait beaucoup de taros sur la Nouvelle-Zélande, eh bien dans l’année, tous les taros ont été exterminés par ce champignon qui est un peu comme le mildiou de la pomme de terre. Par exemple là vous m’appelez, je suis au Vanuatu, le champignon qui a décimé les taros au Samoa, il est déjà aux Fidji et il est aux Salomons donc le Vanuatu est pris en tenailles et on se dit que d’ici peu il va arriver, donc il faut anticiper.»

Il s’agit d’un service gratuit, tous les agriculteurs du Pacifique, et au-delà, toutes les populations, bénéficieront des recherches de l’INEA. Car le taro reste un aliment central:

«Le taro est important là où les gens cultivent et mangent ce qu’ils cultivent. Dès qu’on arrive en zone urbaine, c’est beaucoup moins important parce que le taro coûte deux fois plus cher que le riz importé. Si on améliore génétiquement le taro, c’est parce que dans certains pays la population double tous les 20 ans, y compris au Vanuatu par exemple. Et il est clair qu’un jour les céréales coûteront très cher à l’importation puisqu’elles sont transportées et importées dans les îles avec des énergies fossiles, donc il est probable qu’à long terme toutes ces populations devront retourner vers une production locale et le taro en l’occurrence est en très bonne place.»

Et le retour du taro dans les assiettes pourrait aussi aider à lutter contre l’obésité, l’un des grands fléaux de la région.


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