La sorcellerie tue toujours en Papouasie Nouvelle-Guinée
26/01/2012 08:46
Après le meurtre récent de 6 personnes accusées de sorcellerie dans la province du Sepik occidental, la Commission des réformes juridiques et constitutionnelles a réclamé la suppression des lois sur la sorcellerie avant la fin de cette année.
Cette sorcellerie ou Sanguma fait partie de la vie de tous les jours en Papouasie Nouvelle-Guinée. Notre collègue du service papou, la journaliste Caroline Tiriman, le confirme.
TIRIMAN : « Il y a des murmures dans les villages disant « oh, untel fait ceci ou cela ». Vous grandissez donc avec ces gens qui, vous a-t-on dit- sont des sorciers. Et vous finissez par croire que bien sûr que la sorcellerie existe dans les villages. »
Le révérend Jack Urame, la Commission des réformes juridiques et constitutionnelles, nous a donné quelques détails supplémentaires.
URAME : « Selon les papous, la mort naturelle n’existe pas. Toutes les morts sont rattachées à la sorcellerie ou à la magie. Même en cas d’accident, même si quelqu’un meurt de paludisme, de typhoïde ou de je ne sais quelle autre maladie. Je crois que 90% de la population croit toujours à l’existence de la sorcellerie ou de la magie et au pouvoir de la sorcellerie ou de la magie. »
Face à ces croyances, le Parlement a adopté en 1971 un projet de lois sur la sorcellerie pour « empêcher et sanctionner les pratiques diaboliques de la sorcellerie. »
Toutefois dans le préambule, le texte reconnait que les lois sur la sorcellerie pourraient encourager des personnes malveillantes à lancer des accusations mensongères en traitant leurs ennemis de sorciers pour leur attirer des ennuis.
Si les lois en question avaient pour but de pénaliser les accusations mensongères, un chercheur de l’Institut mélanésien de Papouasie Nouvelle-Guinée, Franco Zocca, affirme que c’est l’inverse qui s’est passé.
ZOCCA : « Nous avons réalisé que les lois sur la sorcellerie n’ont pas résolu le problème mais qu’elles l’ont aggravé. En criminalisant la sorcellerie, les gens ont commencé à se dire : Vous voyez, même le gouvernement y croit. Je vais donc prendre la loi entre mes mains. Des gens accusent d’autres personnes non pas parce qu’ils sont persuadés qu’elles sont des sorciers ou des sorcières mais parce qu’ils veulent s’en débarrasser d’une façon ou d’une autre. D’autres sont persuadés qu’ils sont sorciers parce que les sorciers sont respectés et parfois c’est la seule façon de se faire respecter dans une société, en faisant croire à d’autres que vous pouvez leur faire du mal.»
En attendant les atrocités continuent. Entre 2000 et 2006, 75 personnes accusées de sorcellerie ont été torturées avant d’être tuées.











![La sorcellerie accusée d'être responsable de toutes les maladies dans des régions isolées de Papouasie Nouvelle-Guinée. [AFP] La sorcellerie accusée d'être responsable de toutes les maladies dans des régions isolées de Papouasie Nouvelle-Guinée. [AFP]](http://www.abc.net.au/reslib/200708/r171800_646639.jpg)







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