Iles Salomon: «Ils ont coupé mon père en deux»
05/05/2011 11:19
Aux Iles Salomon, les audiences publiques des anciens combattants de Malaita ont débuté lundi. 19 anciens combattants de la Malaita Eagle Force témoignent de leur action durant la guerre civile salomonaise entre 1998 et 2003.
Un processus organisé par la Commission de Vérité et de Réconciliation dans le village de Buma, tout près d’Auki, une ville de l’île de Malaita.
C’est l’immigration massive de Malaitans sur l’île voisine de Guadalcanal, pour des raisons économiques, qui explique en partie la guerre civile. L’Armée révolutionnaire de Guadalcanal a terrorisé les Malaitais qui se sont enfuis vers la capitale Honiara et ont créé leur propre milice, la Malaita Eagle Force.
On écoute le Révérend Sam Ata, Président de la Commission de Vérité et de Réconciliation:
«Grâce à ces auditions, les anciens combattants pourront enfin expliquer à la société la vérité sur ceux qui ont orchestré ces tensions. La société salomonaise veut savoir quels sont les individus ou les groupes à l’origine du conflit. Qui a attisé les flammes aux dépens des citoyens ordinaires, tout cela pour servir leurs intérêts personnels.»
Alors pour l’instant ces audiences publiques n’ont pas permis de désigner ces coupables, mais elles ont permis d’en savoir plus sur les motivations personnelles de ces 19 anciens combattants.
A l’époque, les Malaitans de Guadalcanal étaient chassés de leurs terres par l’Armée révolutionnaire de Guadalcanal. C’est ainsi que les anciens Aigles Malaitans expliquent leur engagement.
C’est le cas d’Andrew Fioga, ancien policier, dont le père, installé depuis 40 ans à Guadalcanal, a été assassiné par des membres de l’armée révolutionnaire de Guadalcanal. Un témoin de sa mise à mort a raconté le drame à son fils:
«Ils ont torturé mon père. Ils l’ont découpé à la machette. Lorsqu’il était sur le point de mourir, ils lui ont dit “eh le vieux, fais tes prières”. Mon père a répondu “s’il vous plaît, arrêtez la torture, si vous voulez me tuer, faites le tout de suite”. Mais ils ont continue à le torturer et pour finir ils l’ont coupé en deux. Quand j’ai appris tout cela, je n’avais pas d’autre choix que de prendre les armes et de rejoindre les militants.»
Un autre ancien combattant malaitan, le Pasteur Johnson Apeo:
«Les militants sont venus dans notre région, ils ont infiltré toutes les communautés de Marau et ils ont commencé à brûler nos maisons, à détruire nos terrains. Je n’avais pas d’autre choix, voyant que personne ne nous protégeait, et mes compatriotes étaient sur le point de mourir. C’est pour ça que je me suis engagé. S’il y a une loi que j’ai violée dans ce pays, c’est de ne pas avoir donné ma vie pour sauver mes compatriotes.»
Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de ces audiences publiques, la question des sanctions est loin de faire l’unanimité. En octobre dernier, le Premier ministre l’a dit, il voulait faire passer une loi d’amnistie une fois rendues les conclusions de la Commission de Vérité et de Réconciliation. Une option vivement critiquée par Amnesty International, qui, outre la prison pour les criminels, demande surtout des réparations pour les gens qui ont tout perdu dans la guerre civile.



















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