FIFO 2011 a Tahiti: Onlinefilm, le site qui revolutionne le documentaire
25/01/2011 09:56
Cette semaine l’equipe de “24 heures dans le Pacifique” est au FIFO, le festival international du film documentaire oceanien, a Tahiti. C’est le rendez-vous annuel de tous les realisateurs, producteurs et diffuseurs du Pacifique, mais aussi d’Europe.
Le festival s’ouvre officiellement mardi, mais la quarantaine de participants est déjà arrive. Hier tout le monde est monte sur le ferry pour Moorea, juste en face de Tahiti, histoire de faire connaissance dans le cadre idyllique du lagon.
L’occasion de suivre deux festivaliers culturellement aux antipodes l’un de l’autre: l’Allemand Cay Wesnigk et le Samoan Afamasanga Rico Tupahe.
Un regard tres lointain et un regard tout proche, des regards tres differents donc, sur le documentaire oceanien et sur Tahiti.
Afamasanga Rico Tupahe est Samoan, mais il travaille a Fidji, comme producteur a MyTV, une chaine commerciale:
“C’est ma premiere fois ici, et j’aime chanter, jouer de la guitare et du ukulele avec les Tahitiens. Ils m’ont demande de retirer mon t-shirt et de faire une danse samoane, du coup je leur ai montre mes tatouages, vu que je suis un grand chef samoan. Et j’ai decouvert que certains Tahitiens tatouent les memes motifs. Je ne m’y connais pas bien, mais je crois qu’il y a des histoires qui disent que les Samoans et les Tahitiens avaient les memes ancetres. Je lis les panneaux ici, et je constate qu’on a des mots en commun. Par exemple, quand on trinque on dit Manuia, eh bien ici aussi!”
A quelques metres de lui, Cay Wesnigk, realisateur, producteur et membre du jury du FIFO, observe le paysage:
“C’est tres vert, y a un lagon magnifique, mais en meme temps je suis choque parce que c’est tres occidentalise, tres peuple, il y a des bouchons, c’est ridicule! Je viens de lire un livre intitule “Tahiti Project”, ecrit par un journaliste allemand, qui decrit comment Tahiti pourrait se developper durablement, devenir un paradis ecologiquement correct. Malheureusement, le gouvernement n’envisage pas cette option alors que c’est le lieu parfait, ils peuvent utiliser l’energie de l’ocean, du vent, du soleil. Et en fait il n’y a meme pas de centrale electrique utilisant la biomasse, alors que ce serait si facile. Je n’ai pas vu beaucoup de panneaux solaires, mais quand meme des maisons ou on recupere l’eau de pluie. Et ici tout se fait au fioul, ca leur coute tres cher!”
Des premieres impressions radicalement differentes donc, mais les deux hommes se rejoignent sur le FIFO. Afamasanga Rico Tupahe nous explique ce qu’il est venu chercher a Papeete:
“D’abord je suis la pour chercher des programmes, conclure des marches avec des producteurs et des realisateurs. Et puis aussi, tout le monde est au FIFO, les professionnels du Pacifique, mais aussi des teles d’Europe, c’est le lieu ideal pour rencontrer tout le monde, alors que les voyages dans les pays du Pacifique ou plus loin sont chers et compliques. Et j’ai hate de voir de tres bons documentaries indigenes d’autres pays, qui peuvent nous inspirer.”
Quant au realisateur-producteur allemand Cay Wesnigk, il arrive au FIFO avec une idée geniale qui pourrait bien assurer l’avenir du documentaire oceanien:
“Je suis aussi realisateur et je peux vous dire que c’est tres frustrant de ne pas pouvoir montrer votre film, ce qui est tres souvent le cas, parce que les documentaires sont programmes tres tard la nuit. Donc moi et 120 producteurs-realisateurs, on a cree une plate-forme, Onlinefilm.org, ou on est tous actionnaires a part egales, et nous ne faisons pas de profits. Les realisateurs peuvent mettre en ligne leurs films et les spectateurs peuvent les telecharger legalement. Donc on a des documentaristes europeens, mais aussi chinois, camerounais, sud-africains qui n’ont jamais ete diffuse avant. La seule condition, c’est d’avoir suffisamment de bande passante pour charger le film. Mais la fibre optique est arrivee a Tahiti, reliee a Hawaii, donc c’est le moment reve pour faire connaitre notre plate-forme.”
Le documentaire temoigne du Pacifique d’aujourd’hui, mais il peut aussi servir a mieux connaitre le passé de la region. Justement, le jure Cay Wesnigk n’est pas arrive les mains vides au FIFO:
“Je collectionne les vieux films et les films amateurs, et un jour un journal a fait un article sur ma collection. Peu après quelqu’un m’a envoye un film intitule “Battue en Mer du Sud”. Ce film a ete fait avec les chutes de “Tabou”, le celebre film tourne par l’allemand Murnau en 1931. On voit des hommes de Bora-Bora, sur leurs pirogues, rabattre le poisson a coup de pierres. Ils sont aides par les femmes qui agitent un grand filet en feuilles de palmier. Et puis on voir le guerisseur ouvrir la peche avec sa lance. Et ensuite les gens font la fete car ils auront des proteines pendant au moins une semaine. Ce film etait totalement inconnu, et les gens de l’ICA sont tres heureux que je leur ramene une copie.”
L’ICA, autrement dit l’Institut de la Communication Audiovisuelle, qui conserve le patrimoine audiovisuel de la Polynesie francaise.
La trouvaille de Cay Wesnigk prend d’autant plus de sens que le producteur samoan Afamasanga Rico Tupahe voit avant tout le documentaire comme un moyen de sauver les cultures indigenes du Pacifique.
“Malheureusement, nous avons des teles commerciales. Aucun documentaire n’est produit au Samoa comme a Fidji. C’est dommage parce qu’un jour on se retourne et on constate que nos enfants ne parlent plus notre langue, notre culture a disparu, nos enfants ne connaissent plus nos traditions. Par exemple l’ecole se fait en anglais au Samoa. J’espere qu’un jour il y aura des financements pour qu’on produise des documentaires indigenes sur nos traditions, diffuses a la place des emissions commerciales, pour que nos enfants puissent voir ca et que nous preservions nos cultures.”
Nous n’y sommes pas encore, mais ca viendra. Sur les 15 films selectionnes a ce FIFO 2011, 8 sont Australiens, 2 Neo-Zelandais, les autres sont neo-caledoniens ou polynesiens et il y a un film hawaien.
Parmi ces documentaires, il y a forcement celui qui seduira le jure Cay Wesnigk, un savant equilibre entre emotions et reflexion:
“Il doit me faire rire, il doit me faire pleurer, donc il doit me toucher a different niveaux et c’est un sacre defi pour un documentaire. Et il doit m’ouvrir un monde que je connaissais pas avant. Il doit aussi me permettre de former ma propre opinion, sans etre demonstratif avec une voix off. J’espere trouver des films comme ca au FIFO et je me rejouis de nos futures debats avec les autres jures.”















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