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Fidji: la perle noire qui monte

08/07/2011 11:58

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Perles de culture de Tahiti. Fidji axe son marketing sur les couleurs vert pistache et rosé de ses perles. (Service de la perliculture de la Polynésie Française)

La Polynésie Française n’a qu’à bien se tenir! La perle de l’huître à lèvres noires (Pinctada Margaritifera) se cultive aussi à Fidji et bientôt à Tonga.

Un organisme public australien mène en ce moment des recherches pour améliorer la qualité des perles fidjiennes et tongiennes et finance la mise à niveau des fermes perlières.

Jamie Whitford est le scientifique en chef du projet pour le gouvernement australien dans le cadre de la PARDI, l’Initiative pour la Recherche et le Développement de l’Agro-business dans le Pacifique. Geraldine Coutts l’a joint à Fidji:

«C’est justement en partie pour trouver la couleur que nous menons des recherches ici. Les perles de Fidji ont un très joli vert pistache et aussi de jolis roses, ce sont plutôt des reflets, car elles sont produites à partir des huîtres à lèvres noires, donc ce sont des perles gris foncé avec des reflets roses et verts. Alors qu’aux Iles Cook et en Polynésie Française, les perles sont bien plus foncées. Nous pensons que l’environnement de Fidji et de Tonga présente un avantage nutritif pour les huîtres à lèvres noires, parce que les fermes perlières reçoivent plus d’eau de ruissellement venant des îles. Il y a plus d’interactions entre la terre et le lagon que dans les atolls isolés de Polynésie Française et des Iles Cook.»

La perle de culture de Tahiti offre elle aussi de magnifiques reflets verts, dorés, roses, etc.

Pour mieux comprendre cette histoire de nutrition des huîtres perlières, Caroline Lafargue a appelé Cédric Lo, biologiste au service de la perliculture de la Polynésie Française:

«Les recherches qui ont été menées sur l’influence de l’environnement coquillère des huîtres ont montré que la température et la nutrition ont une influence sur cette croissance. A partir de là, on sait que les eaux de ruissellement dans les îles hautes par exemple, enrichissent le phytoplancton dont se nourrissent les huîtres perlières. Ceci expliquerait pourquoi on note des différences entre les atolls et les îles hautes en Polynésie au niveau de la qualité des perles, croissance, etc. Parce que le sol des atolls est plus pauvre, ce sont des sols coralliens uniquement. Même si on peut retrouver dans certains atolls des croissances identiques à certaines îles hautes, vu que la croissance est sous l’influence de plusieurs facteurs, pas uniquement les facteurs de la nutrition et de la température, il y a les facteurs génétiques aussi.»

Selon James Whitford, les fermes perlières de Fidji et Tonga étant majoritairement au pied d’îles hautes, les deux pays ont un avantage comparatif sur la Polynésie Française et les Iles Cool. Mais il n’y a pas que la température et la nutrition qui contribuent à l’épanouissement d’une huître perlière, la preuve selon Cédric Lo:

«De toute façon, l’exemple type c’est que nos huîtres perlières ont toujours été là!
C.L.: Ce n’est pas l’homme qui les a ramenées de force…
Ce n’est pas l’homme qui les a installées. Les huîtres perlières sont vraiment adaptées aux eaux pauvres du Pacifique. Une espèce qui est dans les conditions idéales se reproduit, en produisant des larves qui vont se fixer et donner des populations. On a des atolls où tous les ans il y a du collectage en grand quantité, c’est-à-dire qu’il suffit de poser nos collecteurs dans l’eau pour récolter des huîtres perlières naturellement. Pourquoi aux îles Fidji ils ont des problèmes avec le collectage, ils n’ont pas de collectage naturel, ils sont obligés de monter des écloseries?»

Comme quoi la production au pied d’une île haute n’est pas forcément suffisante. Il y a une compétition entre la Polynésie Française et Fidji pour la perle noire. Et justement, comme Fidji et Tonga sont de nouveaux-venus sur la marché, les chercheurs australiens de la PARDI veulent s’inspirer de la crise de la perle polynésienne pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Jamie Whitford:

«Malheureusement en Polynésie Française et aux Iles Cook il y a trop de petits producteurs avec peu de capital. Or ce sont les perles de grande qualité qui sont lucratives. Mais comme ils sont à court d’argent, beaucoup de petits producteurs vendent en masse leurs perles de moins bonne qualité, ils ont inondé le marché, et du coup le prix a baissé. C’est la seule façon pour les petits producteurs des atolls isolés de Polynésie Français et des Iles Cook de récupérer un peu d’argent, ils vendent des perles trop jeunes qui n’ont pas une couche de nacre suffisante.»

Pourtant en Polynésie, depuis 2001, le département commercialisation vérifie que chaque perle exportée a une couche minimale de 0.8mm d’épaisseur de nacre. Si la qualité a baissé, c’est surtout lié à l’augmentation de la production et à la greffe de petit nucléus qui sont mieux retenus par les huîtres perlières que les gros. Or l’un des critères de qualité, c’est la taille de la perle.

En tous les cas, Fidji sera un vrai concurrent de la Polynésie Française d’ici quelques années. Pour l’instant un seul producteur fidjien vend sur le marché international. Quant aux producteurs tongiens, ils n’en sont qu’au tout début mais ils bénéficient, grâce à la PARDI, l’organisme public australien, de formations et d’une aide à la création d’écloseries.

C.L.


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